La diversification menée par l'enfant ou DME

Un outil de plus vers l'autonomie alimentaire

Votre premier enfant a entre 4 et 6 mois, vous allez commencer la diversification alimentaire et, comme beaucoup de parents, vous êtes partagés entre la joie de pouvoir lui faire découvrir de nouveaux aliments et de nombreux questionnements. Comment vais-je faire ? Par quoi commencer ? Quelle doit être la texture de mes purées ?

 

Ces questions, je me les suis aussi posées lorsque la Belette a eu 6 mois. J’étais un peu perdue dans tout ça et en feuilletant les magazines de la salle d’attente de ma sage-femme, j’ai lu le témoignage d’une maman qui avait proposé à son enfant des aliments en morceaux dès le début de la diversification. Je me suis renseignée auprès de ma sage-femme qui m’a encouragée à me lancer dans la même voie.

 

La DME, qu'est ce que c'est exactement?

Commençons par définir la diversification alimentaire qui consiste à passer petit à petit du lait maternelle (ou en poudre) à une alimentation solide plus variée (fruits, légumes, viande, poisson, œufs…). En règle générale, on propose à l’enfant de manger à la cuillère des purées ou des compotes très lisses. Au départ, on commence avec des repas ne contenant qu’un seul aliment, puis au cours des semaines, on réalise des mixtures comme pommes de terre/carottes/haricots, pommes de terre/brocolis ou encore pommes/bananes. Ainsi au fil des mois, on prépare, en complément du lait, des purées moins lisses, avec de plus en plus de morceaux.

 

La DME permet de faire exactement la même chose mais en proposant uniquement des aliments solides. On zappe donc l’étape des purées, des compotes et on range les petites cuillères ! Ici, c’est l’enfant lui-même qui saisit et porte à sa bouche les aliments. Il découvre sans danger et de manière amusante de nouveaux goûts et de nouvelles textures. Et surtout, on ne le force pas, c’est lui qui décide ce qu’il porte à sa bouche.

On prend en compte son rythme et ses préférences ! La DME est une alternative à la diversification alimentaire classique. Elle laisse le choix à l’enfant de l’aliment qu’il mangera ou non en fonction de la couleur, de l’odeur, du goût ou de la texture de ce qu’on lui propose.

 L’adulte se place donc en observateur et c’est l’enfant qui est au cœur du processus de découverte. Il prend conscience de ses propres goûts et acquiert plus de compétences et d’autonomie. Votre enfant pourra aussi mieux intégrer les goûts et les textures de chaque aliment puisqu’ils seront présentés seuls et plus en purées ou en compote.

 

La DME, pourquoi se lancer ?

Outre le fait que votre enfant soit au centre de la diversification, la DME permet de l’éveiller plus précocement aux caractéristiques de chaque aliment. Mais elle permet aussi de développer sa coordination et sa motricité fine. En effet, pour pouvoir manger, il doit d’abord attraper les aliments (motricité fine) puis les porter à sa bouche (coordination main/bouche).

Elle permet aussi à votre enfant de contrôler sa satiété. Il prend conscience de ses besoins et gère les quantités qu’il ingère. Ce principe est le même que pendant l’allaitement maternel où c’est le bébé qui régule la quantité de lait qu’il avale. Et c’est tant mieux car chaque enfant est différent et a donc des besoins bien spécifiques !

 En complément, le fait de mastiquer longuement les aliments les imbibent de salive. Cette dernière permet de faciliter la digestion et de préparer l’estomac à faire son travail. La mastication permet aussi le développement des mâchoires et la sortie des dents.

 Enfin et surtout, la DME permet de profiter pleinement des repas en famille et de se simplifier la vie ! Parce qu’il n’est pas rare lorsque l’on est « d’astreinte pour donner la béquée » de ne se mettre à table qu’au moment du fromage et de s’apercevoir que le bon repas servit plus tôt est désormais froid. La DME permet donc à tout le monde de partager le même repas, de passer à table en même temps et de manger à son rythme.

 

La DME, comment je m'y prends ?

Pour les novices, cette pratique peut paraître déroutante au départ, mais elle est bien plus simple à mettre en œuvre qu’on ne le pense.

 

1- On attend que bébé soit prêt !

Il existe plusieurs signes qui montrent que bébé est prêt à passer à une alimentation diversifiée, mais on ne commence jamais si l’enfant ne tient pas assis bien droit dans une chaise haute ! Il faut que l’axe bouche/œsophage/estomac soit aligné afin d’éviter toute fausse route.

 Si vous ajoutez à cela un enfant qui passe ses journées à baver, à attraper facilement des objets, à tout mâchouiller et mettre à sa bouche, à manifester de l’intérêt pour ce qu’il y a dans votre assiette… Alors, vous pouvez considérer que bébé est prêt !

 Chez nous, avant que l’on propose la DME à Petit Chat, il tentait régulièrement de chiper de la nourriture sur la table ou dans notre assiette dès qu’on le posait sur nos genoux.

 Il n’est en revanche, pas obligatoire d’attendre que votre enfant soit doté de dents pour commencer car les mâchoires font très bien le travail toutes seules. Les aliments proposés au début de la DME doivent être soit très durs afin qu’ils puissent être sucés, soit fondants afin qu’ils puissent être écrasés avec la langue sur le palais. Ils sont ensuite mastiqués et écrasés par les gencives.

 

2- On propose des aliments « adaptés ».

Même si lorsque l’on débute la DME on peut introduire des fruits, des légumes, de la viande, des laitages… On proposera toujours des aliments « adaptés » pour commencer.

 Je m’explique.

 Au début, en complément du lait, proposez à votre enfant des aliments qui mesurent au moins la taille de son poing fermé et qui sont facile à attraper (brocolis, chouxfleurs, haricots verts, bananes…) ou en bâtonnets fondants (pommes, carottes, poires…). On évite donc ce qui est petit et dur (raisins, grains de maïs, noix…). On considère qu’un aliment est assez fondant si vous pouvez l’écraser sur votre palais avec votre langue !

 Pour le reste, on choisit des aliments faciles à digérer (fruits et légumes verts) et on bannit tout ce qui est frit, industriel, avec ajout de sucre ou de sel. Puis comme pour la diversification classique, on proposera des légumineuses, de la viande et des œufs un peu plus tard.

 

3- On surveille mais sans se stresser !

Votre enfant possède un réflexe de régurgitation très prononcé tout au long de sa première année. Il a donc la capacité de faire revenir un aliment trop solide vers l’avant de la bouche. Et si un morceau est trop gros, il le recrachera automatiquement, ce qui réduit fortement le risque de fausse route.

C’est pour moi la partie qui fut la plus compliquée, en particulier au début. Car même si on sait très bien que notre enfant ne peut pas s’étouffer, le voir tousser et avoir des hauts le cœur peut rapidement nous faire paniquer. Les premiers repas sont donc un peu stressants. Mais faitesvous confiance, faites confiance à votre enfant et partagez ensemble ses découvertes culinaires.

Les premières semaines, les repas sont assez longs alors armezvous de patience.

Votre enfant aura aussi tendance à faire tourner les aliments dans sa bouche avant de les avaler ou de les recracher. Et il recommencera encore et toujours pour n’en ingurgiter qu’une très petite quantité. Il aura donc tendance à manger de plus petites quantités que ses camarades nourris à la purée. Mais pas de panique, le lait reste de toute façon leur principale source d’alimentation.

 

4- On s’équipe en conséquence !

Votre enfant mange seul, mais avec ses doigts. N’étant pas vraiment habile, il n’est pas rare qu’à la fin du repas, il y ait plus de nourriture au sol que dans son estomac. Mieux vaut donc s’équiper au préalable.

 Chez nous, nous avons fait le choix d’un bavoir imperméable à manches longues qui possède un « ramasse-miettes » et qui se nettoie facilement avec une éponge ou un chiffon. Après chaque repas, il vous faudra nettoyer la chaise haute, mais aussi le sol (si vous avez des animaux de compagnie, ils se feront un plaisir de passer derrière bébé !).

 Certains de nos amis ont investi dans une petite nappe qu’ils mettent au sol, sous la chaise de leur petit bout au moment du repas et qu’ils lavent quotidiennement.

 Nous n’avons pas fait l’achat d’une assiette particulière (à ventouse ou compartimentée). Nous présentions tous les aliments dans la même assiette, mais éloignés les uns des autres pour que nos enfants puissent les distinguer et les attraper plus facilement au début.

 

5- Et dans pratique, comment ça se passe vraiment ?

Lors des premiers repas, votre enfant ne mangera presque rien, ce qui n’est pas grave puisque ses besoins seront comblés par le lait que vous continuerez de lui donner. Au début, votre enfant va mettre autant de temps si ce n’est plus à attraper un aliment et à le mettre à la bouche qu’à le manger. Quand il sera plus habile, il pourra le sucer ou le mâchouiller, mais les quantités ingérées resteront minimes. Puis, au fur et à mesure, il va gagner en force musculaire et en motricité ; ses gestes seront plus précis et il pourra se nourrir plus facilement.

 Il distinguera aussi les aliments qu’il connaît de ceux qui lui sont encore inconnus. Il les associera à un goût et une texture différente et adaptera sa mastication et sa façon de déglutir. Exactement comme le ferait un adulte si on lui proposait une pomme crue et une pomme cuite. Sachez que la DME est fatigante pour votre enfant. C’est pourquoi on la privilégiera au début des repas lorsqu’il est en forme. Par exemple pour le déjeuner ou le goûter.

 Chez nous, nous ne proposions qu’un seul aliment au départ, puis après quelques semaines, nous avons mis plusieurs aliments dans la même assiette et laissions nos enfants choisir. Evidemment, ils avaient tendance à privilégier et à se ruer sur ce qu’ils aimaient le plus.

 Au cours des mois qui suivent, vous pourrez proposer des morceaux de plus en plus petits, et des ustensiles (cuillères, fourchettes, couteaux) afin qu’ils poursuivent leurs découvertes et améliorent toujours davantage leur motricité fine. Ils deviendront ainsi plus autonomes et auront moins besoin d’accompagnement pendant le repas, ce qui vous donnera moins de travail et plus de temps de partage à table.

 Et quelquefois, en fonction de leur état de fatigue ou d’agacement, un repas commencé aux doigts peut très bien se terminer à la cuillère ou à la fourchette à écraser les aliments initialement proposés en bâtonnets.

 

Notre expérience avec la DME

Pour la Belette, nous avons commencé par des purées composées d’un seul légume (carotte, pomme de terre, haricot, épinard…) et pour les goûters, il s’agissait de fruits en morceaux. Très rapidement, elle s’est montrée de plus en plus précise dans ses gestes et nous sommes passés aux bâtonnets de légumes et aux morceaux pour les repas salés. Chez la nounou, nous donnions des purées et des compotes maison dont les textures n’étaient volontairement pas lisses mais plutôt granuleuses ou avec des morceaux (plus ou moins gros) en fonction du repas proposé.

 Pour Petit Chat, nous lui avons proposé directement des morceaux de fruits et de légumes. Les repas qu’il emmenait chez la nounou étaient soit des restes de la veille, soit des fruits ou des légumes en morceaux et des purées ou des compotes maison en fonction de l’humeur et de ce que l’on avait à disposition. Mais l’avantage de la DME, c’est qu’on ne prépare plus de repas spécialement pour nos petits et qu’ils peuvent très bien manger les restes d’un repas !

 Depuis leurs 10 mois, nous partageons le même repas tous ensemble qui se prend de moins en moins avec les mains et de plus en plus avec des couverts depuis environ leurs 18 mois. Et depuis cette période, ils mangent donc seuls et relativement proprement avec une fourchette et/ou une cuillère. Aujourd’hui, Petit Chat (2 ans et demi) tente de maîtriser l’utilisation du couteau pour pousser alors que la Belette (5 ans et demi) maîtrise la découpe des aliments fondants et appréhende avec plus de difficulté celle de la viande et des aliments plus durs.

 

En ce qui concerne la manière d’appréhender le contenu de leur assiette, ils mangent de tout mais ont chacun adopté une technique qui leur est propre. La Belette a tendance à commencer son assiette par ce qu’elle n’aime pas spécialement pour terminer par ce qu’elle adore. Son frère quant à lui se rue sur ce qu’il aime et termine par ce qu’il apprécie le moins. Deux façons de faire différentes, mais à la fin du repas le résultat est le même puisque leurs assiettes finissent vides !

 A chacun sa technique !

 

La diversification menée par l’enfant vous tente ? L’avez-vous déjà expérimentée ? Partagez votre  expérience en commentaire.

 

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